Le débat se tient presque toujours sur le principe. Cheikh ʿAbd ar-Razzâq al-Badr, lui, traite la condition, et c'est là que se joue le sort réel des épouses.
Le verset
Il part du verset de la sourate An-Nisâ' dont le sens est : jamais vous ne pourrez traiter vos épouses de façon parfaitement égale, même si vous le vouliez, ne penchez donc pas complètement vers l'une, en laissant l'autre comme délaissée.
Le verset énonce donc deux choses en même temps, et l'une est souvent citée sans l'autre.
Il reconnaît d'abord une impossibilité : l'égalité parfaite n'est pas atteignable, y compris pour qui la voudrait sincèrement. Cela vise ce que le cœur ne commande pas.
Puis il pose une interdiction : ne pas pencher complètement. Ce qui est interdit n'est pas l'inégalité de sentiment, c'est le basculement total qui laisse l'autre à l'abandon.
Ce que le cheikh décrit
Cheikh al-Badr formule l'obligation simplement : celui qui a plusieurs épouses doit être juste dans sa façon de les traiter, équitable, sans faire le moindre tort, et ne pas favoriser l'une au détriment de l'autre.
Puis il décrit la situation de la femme délaissée, et cette description est le cœur du texte.
Elle n'a plus aucune stabilité, comme suspendue entre le ciel et la terre. Elle ne trouve ni paix, ni repos, ni bonheur, car elle est délaissée sans être pour autant divorcée. Elle ne peut donc pas chercher un autre mari qui la traiterait bien, et elle n'est pas non plus traitée comme une vraie épouse : elle reste coincée entre le mariage et le divorce.
Pourquoi cette description compte
Parce qu'elle nomme le piège exact. Une épouse délaissée n'est pas seulement malheureuse : elle est immobilisée. Le lien qui la prive de tout est le même qui l'empêche d'en chercher un autre.
Le cheikh conclut que c'est une injustice envers la femme, que l'Islam est venu interdire et contre laquelle il a mis en garde.
Ce que cela implique en pratique
L'équité exigée porte sur ce qui se décide : le temps, l'entretien, le logement, la présence. Elle ne porte pas sur l'inclination du cœur, que le verset lui-même déclare hors d'atteinte.
Autrement dit, celui qui ne peut pas assurer la part matérielle et le temps dus à chacune n'est pas dans la situation que le verset envisage. La condition n'est pas une formalité, c'est la condition.
Une note sur la démarche
Sur Nikah, la situation matrimoniale figure sur la fiche et l'information est donnée en amont, pas découverte en cours d'échange. C'est une question qui a sa place dans la mouqabalah, au même titre que les engagements financiers et familiaux, comme nous le détaillons dans notre article sur son cadre.