C'est le sujet sur lequel les torts sont les plus symétriques, et les discours les plus déséquilibrés. On entend beaucoup parler des devoirs de l'épouse, et beaucoup moins de ce que le mari doit en retour.
Cheikh Sâlih al-Fawzân remet les deux plateaux à niveau en une phrase : le mari a un droit sur son épouse, et l'épouse a un droit sur son mari, et chacun des deux doit accomplir ce droit envers l'autre.
Puis il énonce la règle qui règle la plupart des conflits : le mari ne doit pas exiger ses droits alors qu'il néglige ceux de son épouse, et l'épouse ne doit pas exiger les siens alors qu'elle néglige ceux de son mari.
Une réclamation n'est légitime que si l'on est soi-même en règle.
Le verset qui contient tout
Cheikh ʿAbd as-Salâm ash-Shuwayʿir désigne un verset de la sourate An-Nisâ' dont le sens est : vivez avec elles de belle manière.
Il en dit ceci : si le musulman en faisait le guide de sa vie, il ne rencontrerait aucun problème sans y trouver une solution, ni aucune dispute entre époux sans pouvoir l'écarter avant même qu'elle n'éclate.
C'est une affirmation forte, et elle mérite d'être prise au sérieux. « De belle manière » n'est pas une formule de politesse. C'est un critère opposable : à chaque décision du quotidien, la question devient « est-ce la belle manière ? », et la réponse est presque toujours évidente.
L'exemple qui gêne le plus
Cheikh Mouhammad Saʿîd Raslân prend un cas très concret, et il vise les maris.
Il décrit celui qui reproche durement à son épouse de négliger son apparence, tout en ne se souciant pas d'être négligé à la maison, en habits de travail, et de rentrer en sentant la sueur ou la cigarette. Il tranche : c'est un manquement au droit de l'épouse.
Et il cite Ibn ʿAbbâs, commentant le verset de la sourate Al-Baqara sur les droits équivalents aux devoirs : il aimait se faire beau pour son épouse comme il aimait qu'elle se fasse belle pour lui.
Cet exemple est utile parce qu'il est trivial. La réciprocité ne se joue pas seulement dans les grandes obligations, elle se joue dans le détail domestique où personne ne regarde.
Ce que « justice » veut dire ici
Cheikh al-Fawzân relie l'ensemble à la justice ordonnée par Allah, et il nomme ce que cette réciprocité produit : elle préserve le mariage et construit la famille.
Ce n'est donc pas un équilibre comptable, où chacun tiendrait le registre de ce qu'il a donné. C'est une condition de solidité. Un foyer où l'un exige et l'autre s'exécute ne tient pas, quelle que soit la légitimité apparente des exigences.