La vie conjugale

L'amour est-il une condition du mariage en islam ?

« Ce mariage est sans amour » est devenu un motif courant. La réponse de Cheikh ash-Shuwayʿir mérite d'être entendue, et celle d'Ar-Rouhayli aux maris silencieux aussi.

La vie conjugale2 août 2026Par Abou ’AbdiLLAH

L'argument revient sans cesse, et il sert souvent à justifier une sortie : ce mariage est sans amour.

Cheikh ʿAbd as-Salâm ash-Shuwayʿir répond que cela mérite d'être nuancé, et il commence par une observation sur la nature même du sentiment : l'amour et l'aversion sont relatifs, on peut aimer une chose aujourd'hui et se mettre à la détester dès le lendemain.

Puis il cite ʿOumar, qu'Allah l'agrée : « Toutes les maisons sont-elles bâties sur l'amour ? Les gens vivent ensemble avec bienveillance. »

Le mot qui compte est le second. Un foyer ne tient pas sur l'intensité d'un sentiment, qui varie, mais sur la bienveillance, qui se décide. C'est précisément pourquoi la Législation a ordonné de vivre avec elles de belle manière, et non d'éprouver tel sentiment.

Ce qui ne dispense pas de le montrer

Cette nuance ne donne aucun blanc-seing à la froideur, et Cheikh Soulaymân Ar-Rouhayli le dit sans ménagement pour les maris.

Il observe que le naturel de l'homme ne penche généralement pas vers les mots, et que certains maris négligent en conséquence le besoin qu'a leur épouse qu'il lui montre son amour et lui parle avec de bons mots. Il ajoute que c'est là l'un des fondements importants de la vie entre les époux.

Et il rappelle la scène : on demanda au Prophète qui, parmi les gens, lui était le plus cher. Il répondit : ʿÂ'isha. Rapporté par al-Boukhârî et Mouslim.

Le Prophète a nommé son épouse, publiquement, à une question directe. Le modèle est là.

La tendresse dans les gestes ordinaires

Cheikh Ar-Rouhayli cite aussi ce que rapporte ʿÂ'isha, qu'Allah l'agrée : ils se lavaient d'un même récipient placé entre eux, il la devançait vers l'eau et elle lui demandait de lui en laisser. Rapporté par Mouslim.

Ce hadith ne délivre aucune règle. Il montre un climat : une complicité simple, presque enjouée, entre deux époux. C'est une correction utile pour qui imagine la maison prophétique comme un lieu solennel.

Et du côté des épouses

Le même cheikh rapporte la parole de l'épouse de Saʿîd ibn al-Musayyib : elles ne parlaient à leurs maris qu'avec les égards que l'on réserve à un gouverneur, en choisissant les plus belles expressions.

L'exigence est donc réciproque, et elle porte sur le même terrain : la parole. À l'un de ne pas se taire, à l'autre de soigner ses mots.

Ce qu'il faut en retenir

Non, l'amour n'est pas une condition de validité. Il ne figure pas parmi les conditions du contrat, que nous détaillons dans notre article sur le walî et celui sur le consentement.

Mais l'absence d'amour n'est pas non plus un motif de rupture en soi, et l'absence de gestes n'est pas excusée par un tempérament. La bienveillance est due, et elle s'exprime.

Pour aller plus loin

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