Il faut commencer par lever un malentendu qui fait beaucoup de dégâts : l'idée qu'un bon foyer serait un foyer sans conflit.
Cheikh Mouhammad Saʿîd Raslân la démonte en une phrase : le foyer heureux n'est pas celui sans aucun problème, cela est impossible, mais celui qui sait gérer ses problèmes et les maîtriser.
Un couple qui ne se dispute jamais n'est pas un couple exemplaire. C'est souvent un couple qui ne se parle plus.
Quitter la discussion pour la gagner
Le même cheikh donne un conseil qui va contre tous les réflexes : quand la discussion s'enflamme, le meilleur moyen de la gagner, c'est de la quitter, et de tourner son attention vers un autre sujet.
Et il ajoute la mesure qui manque le plus souvent : il n'est pas sage d'exposer la vie conjugale à la ruine par simple entêtement sur des choses qui n'avancent ni ne reculent rien.
Il résume alors ce qu'il appelle la loi du bonheur conjugal, en deux mots répétés : ne dispute pas, ne dispute pas.
Le mari sensé garde la maîtrise
Cheikh Raslân décrit le mécanisme par lequel une dispute ordinaire devient une rupture. Les autres le remarquent et amplifient l'affaire, les médisants y trouvent l'occasion de semer la discorde, et le Shaytân peut alors embellir le divorce aux yeux du mari.
D'où la règle que Cheikh ʿAbd ar-Razzâq al-Badr formule ailleurs et que nous détaillons dans bien traiter son épouse : la dispute reste à la maison. Ce qui sort du foyer y ramène des tiers qui n'ont aucun intérêt à la réconciliation.
Cesser de traquer le détail
Cheikh Raslân s'adresse ensuite aux maris sur les reproches. Ce qui aide à rester modéré, dit-il, c'est d'accepter qu'on ne trouvera pas chez son épouse tout ce que l'on désire, de même qu'elle ne trouvera pas en nous tout ce qu'elle désire.
Puis il pose la question qui devrait suffire : quel homme est parfaitement irréprochable ? Pourquoi charger les autres au-delà de leurs forces quand nous ne corrigeons pas nombre de nos propres défauts ?
Et cesser d'attendre un roman
Le même cheikh adresse le symétrique aux épouses, et il est tout aussi direct. L'épouse sensée doit garder une vision mesurée, ne pas se laisser porter par les rêves, ne pas exiger la perfection à tout prix.
Sa formule est la meilleure du passage : la vie de couple n'est pas une scène que l'on joue une heure de temps, ni un roman dont l'auteur vogue en pleine imagination. C'est une réalité concrète, avec ses douleurs et ses espoirs, ses joies et ses peines.
Il conclut qu'il n'y a rien d'autre à faire que de l'affronter et de bien la vivre : un jour contre nous, un jour pour nous.
Ce qu'il faut en retenir
Trois choses tiennent tout le sujet. Le conflit est normal, sa gestion ne l'est pas. La sortie de la discussion vaut mieux que sa victoire. Et l'exigence de perfection, des deux côtés, est ce qui transforme un désaccord en rupture.