Il y a une manière de se disputer qui laisse tout réparable, et une autre qui coupe quelque chose. Cheikh Mouhammad Saʿîd Raslân décrit précisément la différence.
Deux façons de se disputer
Il observe d'abord que certains maris se disputent avec leur épouse sans durcir la querelle : même en pleine dispute, ils préservent les cordes de l'affection et ne les rompent jamais.
Puis il décrit l'autre : celui qui, dans la dispute, devient injuste et dépasse les limites. À la moindre erreur, au moindre désaccord, il la boude, et il coupe les cordes de l'affection et de la miséricorde.
L'image des cordes est utile. Une dispute peut tirer dessus sans les rompre. La bouderie, elle, les sectionne.
Le verdict
Le cheikh ne laisse pas de place à l'interprétation. Ce n'est pas ainsi que l'on fait, dit-il, ce n'est pas cela la bonne conduite entre les époux. Et il ajoute : il n'est ni religion ni noblesse, après la dispute, de bouder son épouse.
Le mot « noblesse » compte autant que le mot « religion ». Le silence prolongé se présente souvent comme une position de dignité. Le cheikh le classe exactement à l'inverse.
Pourquoi c'est efficace, et pourquoi c'est grave
La bouderie fonctionne, à court terme. Elle place l'autre en demande, elle inverse le rapport, elle obtient souvent des excuses. C'est bien pour cela qu'elle est employée.
Mais ce qu'elle obtient, elle l'obtient en retirant l'affection, c'est-à-dire précisément ce que le mariage est censé produire. Nous détaillons cette finalité dans les finalités du mariage en islam : la quiétude, l'affection et la miséricorde ne sont pas des bonus, ce sont des buts nommés.
Ce qu'il faut faire à la place
Cheikh Raslân donne ailleurs la sortie : quitter la discussion quand elle s'enflamme et porter l'attention ailleurs. C'est autre chose que bouder. Quitter une discussion suspend un sujet ; bouder punit une personne.
Nous développons ce point dans les disputes dans le couple musulman.
Une réserve utile
Il existe dans la Législation un délaissement encadré, limité et finalisé, qui n'a rien à voir avec la bouderie décrite ici. Cheikh ʿAbd ar-Razzâq al-Badr rappelle d'ailleurs, en commentant « ne la boude qu'à la maison », que même dans ce cadre l'affaire ne doit pas sortir du foyer.
Le sujet de cet article est autre chose : le silence répété, sans terme et sans objet, utilisé comme moyen de pression. Pour tout ce qui touche à l'application des règles, la question se pose à un homme de science, pas à un article.