Le mot est piégé. Dans l'usage courant, la jalousie désigne la suspicion, le contrôle, la fouille du téléphone. Ce n'est pas de cela que parle Cheikh Mouhammad Saʿîd Raslân.
Ce qu'il classe comme une erreur
Le cheikh range parmi les erreurs des maris le manque de jalousie protectrice envers l'épouse. C'est l'inverse de ce que l'on attend, et c'est ce qui rend le passage intéressant.
Il en donne la définition : la jalousie est un sentiment noble, l'un des sentiments du véritable amour. Elle pousse le mari à protéger son épouse, et invite l'épouse à préserver son mari.
Le mot clé est « protéger ». La jalousie dont il parle est tournée vers l'extérieur, comme une garde. Elle n'est pas tournée vers le conjoint, comme un soupçon.
Une qualité qui ne dépend pas du sentiment
Cheikh Raslân ajoute une précision qui tranche un cas réel : elle ne doit jamais s'affaiblir chez l'homme, même s'il n'aime pas son épouse, il reste jaloux d'elle tant qu'elle est sous sa protection.
Autrement dit, la protection est due indépendamment de l'affection ressentie. C'est cohérent avec ce que nous voyons dans l'amour dans le couple musulman : le sentiment varie, le devoir ne varie pas.
Ce qu'elle produit
Le cheikh termine sur un effet en retour : la jalousie fait ressentir aux époux l'amour et l'affection, et les incite à raviver cet amour, à le faire grandir et à en prendre soin.
Elle est donc à la fois un signe et un moteur. Là où elle disparaît complètement, il n'y a généralement pas de sérénité mais de l'indifférence.
La limite, qui n'est pas dans ce texte
Le cheikh décrit une vertu. Il ne décrit pas la surveillance permanente, l'accusation sans preuve, ni l'isolement de l'épouse de sa famille et de ses proches.
Ces comportements-là relèvent de ce que les mêmes savants condamnent ailleurs : l'humiliation, la dureté, et le fait de vouloir redresser l'autre de force. Nous les traitons dans bien traiter son épouse et la violence conjugale en islam.
La différence pratique est simple à formuler. Une jalousie qui protège se dirige vers ce qui vient du dehors. Une jalousie qui abîme se dirige vers la personne que l'on est censé protéger.